Un homme âgé qui s’éteint, surtout avec une fabuleuse mémoire jusqu’à ses derniers jours, et sa diversité de vie, est comme une bibliothèque qui brûle. Pierre fut un grand homme, mais peut-on être un grand homme sans une grande épouse, n’est-ce pas Arlette !
Comment résumer une existence si pleine en quelques mots ? Quelques minutes pour relater une vie si riche est une gageure. Essayons toutefois de parcourir ensemble cette bibliothèque.
Grande famille beauceronne ruinée par la guerre, gigantesques silos à blé détruits par les Allemands en début du conflit, reconstruits sur fonds propres, puis à nouveau détruits par les Américains lors de la reconquête du territoire français. Papa résistant, torturé puis, lors d’un transfert pour être déporté, jeté du camion sur le bord de la route car déclaré mort et qui réussit à rentrer chez lui où il décèdera trop jeune suite aux mauvais traitements et à la tuberculose attrapée dans les geôles nazies. Adolescence fastueuse puis ruine financière. Pierre tu as dû construire ta vie d’adulte par tes propres mérites.
Engagé dans l’armée de l’air, tu as fait ton école de pilotage au Canada sur T6, avion à hélice puis sur T33, avion à réaction. Breveté pilote de chasse en 1953. L’Armée de l’Air ayant besoin de pilotes d’hélicoptère toute ta promotion a été réorientée. Donc transformation sur voilure tournante à Rochefort où tu rencontres Arlette, début de plus de 70 ans de vie commune. Je ne puis que m’incliner devant l’amour et le dévouement d’Arlette qui t’a tenue la main jusqu’à la fin avec une infinie tendresse.
En 1955 tu es affecté, avec ton épouse, à Saïgon et détaché au Laos au profit de la Commission Internationale de Contrôle chargée de vérifier le non réarmement des belligérants.
Et puis c’est la guerre l’Algérie, les missions difficiles et dangereuses, les blessés à évacuer de jour comme de nuit, les copains qui meurent, la perte de l’innocence. Un titre qui te tient à cœur, caporal d’honneur de la légion étrangère suite au sauvetage rocambolesque de leur Colonel sous un feu ennemi nourri. Il a fallu que tu t’y prennes à trois fois sous le feu ennemi. Plusieurs balles de gros calibre dans l’hélico dont une qui t’a frôlé. Fin de cette douloureuse époque. Retour à Chambéry où tu crées la division Instruction Hélicoptères.
Plusieurs pannes moteur dont une au décollage d’un refuge en haute montagne, plongée dans la vallée et posé en auto rotation sur une patinoire à ciel ouvert, heureusement sans patineurs. Le Sikorski avait un moteur capricieux mais une bonne voilure et… un excellent pilote. Une autre a été plus sportive, terrain beaucoup trop pentu car en flanc de montagne, quelques tonneaux au touché, hélico détruit mais pilotes indemnes.
Tu quittes l’armée en tant que capitaine, sans la quitter totalement, car tu fais, pendant de longues années, partie de la réserve en animant la section aérienne territoriale de Toulouse. Tu finiras avec le grade de Lieutenant-colonel.
Lors de ton retour à la vie civile trois ans à l’Ecole Supérieure de Commerce à Paris puis entrée comme cadre dans une chaîne de magasins de bricolage bien connue où tu as fait une excellente carrière. Trente glorieuses, période faste. Beaucoup de travail et de déplacements. Implantations de nouveaux magasins aux quatre coins de la France ainsi qu’en outre-mer, mais également des moments festifs lors des croisières offertes aux fournisseurs et gros clients. En parallèle, tu donnes des cours à l’université. Pas le temps de t’ennuyer.
Et le temps court et le temps passe. Sonne l’heure de la retraite. Pour t’occuper, tu fais de l’immobilier et tu m’as tendu la main lorsque, moi aussi, j’ai entamé une seconde carrière. Merci Pierre, je t’en suis très reconnaissant.
A 70 ans, la vraie retraite ponctuée de nombreux voyages.
Pierre, j’aimais bien nos longues discussions lorsque je venais passer quelques heures avec toi. Avec ta richesse de vie et ta fabuleuse mémoire, tu aurais dû écrire tes souvenirs qui auraient nécessité plusieurs tomes. Allez, s’il fallait te définir en peu de mots, je dirais que tu fus un pilote émérite, un guerrier courageux et un gentleman.
Liste de médailles de Pierre Faroux : Médaille de l’aéronautique ; Valeur militaire, 7 citations dont deux palmes, 5 clous. Officier dans l’Ordre National du Mérite ; Commandeur dans l’Ordre de la Légion d’Honneur.
Pierre faisait partie de la section des membres de la Légion d’honneur, de l’association hélicoptères air, de l’association des Amis des Pyrénées et des ailes en Midi-Pyrénées. Une promotion des forces spéciales militaires porte son nom.
Et puis le grand départ qui nous guette tous car la mort est née en même temps que la vie. Tout mathématicien sait que l’équation de notre passage sur terre finit par zéro ou l’infini. Comme William Blake tu optais pour l’infini.
Je suis debout au bord de la plage
Un voilier passe dans la brise du matin,
Et part vers l’Océan.
Il est la beauté, il est la vie.
Je le regarde jusqu’à ce qu’il disparaisse à l’horizon.

Quelqu’un à mon côté dit « Il est parti ! »
Parti vers où ?
Parti de mon regard, c’est tout !
Son mât est toujours aussi haut,
Sa coque a toujours la force de porter sa charge humaine.
Sa disparition totale de ma vue est en moi, pas en lui.

Et juste au moment où quelqu’un près de moi
Dit : « Il est parti »,
Il en est d’autres qui le voyant poindre à l’horizon
Et venir vers eux s’exclament avec joie :
« Le voilà »

C’est cela la mort !
Il n’y a pas de mort.
Il y a des vivants sur les deux rives.

Pierre est maintenant au-delà des mots. Il a regagné la source. ‘’ Le fleuve est retourné à la mer, et une fois de plus la mère immense tient son fils dans ses bras’’ Adieu mon ami, j’ai été heureux de te connaître.


Jean-François Germain (A.H.A.)